Un chantier de gros œuvre se lit comme un empilement de phases, chacune conditionnant celle qui suit. On ne pose pas les murs avant que les fondations soient durcies, on n'installe pas la charpente avant que les murs ne soient montés. Cette logique séquentielle a une conséquence directe sur le budget : si une phase dérape — parce que le sol réserve une surprise, ou parce qu'un plan évolue en cours de chantier — toutes les suivantes en subissent le contrecoup.
En 2026, le gros œuvre d'une maison individuelle oscille entre 950 et 1 600 €/m² TTC de surface de plancher. Comprendre comment ce prix se forme phase par phase, c'est comprendre où se trouvent les marges réelles et où elles sont, au contraire, incompressibles.
En bref
Le gros œuvre d'une maison individuelle revient à 950 à 1 600 €/m² TTC de surface de plancher en 2026. Pour 110 m², la facture oscille entre 104 500 et 176 000 € selon la nature du sol et le matériau choisi. Ce poste représente 45 à 55 % du budget total de construction, avec des variations importantes d'une phase à l'autre : les fondations seules peuvent tripler sur sol argileux.
Terrassement : la phase qu'on budgète toujours trop vite
Le terrassement est la première page du chantier, et souvent la moins bien chiffrée. Creuser le volume nécessaire aux fondations semble simple ; en pratique, c'est le moment où le terrain révèle sa vraie nature.
Sur un sol ordinaire et accessible aux engins, le décaissement d'un terrain plat pour une maison de 100 à 120 m² revient à 6 000 à 12 000 €, incluant l'évacuation des terres. La fourchette monte à 15 000 à 25 000 € dès que le terrain présente une contrainte : pente marquée nécessitant une plateforme, sol très argileux, roche à moins de 1,5 m de profondeur, ou accès difficile pour les camions.
| Condition de terrain | Prix indicatif terrassement | Durée estimée |
|---|---|---|
| Sol ordinaire, accès dégagé | 6 000 – 10 000 € | 3 à 5 jours |
| Sol argileux, décaissement profond | 10 000 – 18 000 € | 5 à 8 jours |
| Terrain en pente, plateforme à créer | 12 000 – 22 000 € | 6 à 10 jours |
| Roche à faible profondeur | 18 000 – 30 000 € | 8 à 15 jours |
Bon à savoir
La location d'une mini-pelle de terrassement se situe entre 250 et 500 €/jour selon le tonnage. Un terrassement qui prend deux jours de plus que prévu peut ajouter 1 000 à 3 000 € à la facture avant même que le béton ne soit commandé.
Fondations et dalle : là où le sol fixe les règles
Les fondations sont le poste le plus technique et le plus variable du gros œuvre. Leur prix dépend d'une seule donnée que personne ne peut contourner : la nature et la portance du sol sous votre terrain. C'est pourquoi aucun devis de fondations sérieux ne peut être définitif sans une étude de sol G2 PRO en main.
Sur un terrain portant et homogène — sol sableux, limoneux ou argileux stable sans aléa fort — les semelles filantes béton armé restent la solution courante. Leur prix oscille entre 100 et 180 €/m² de surface selon la profondeur et la quantité d'armatures. Sur sol argileux à risque de retrait-gonflement moyen ou fort, les fondations descendent plus profondément : le radier général (120 à 200 €/m²) répartit les charges sur toute l'emprise, les semelles profondes et les puits béton interviennent sur les situations les plus complexes.
| Type de fondation | Conditions d'emploi | Prix indicatif 2026 |
|---|---|---|
| Semelles filantes béton armé | Sol portant, aléa argile faible | 100 – 180 €/m² de surface |
| Radier général | Sol de portance irrégulière, remblai | 150 – 240 €/m² |
| Semelles profondes renforcées | Zone de retrait-gonflement moyen à fort | 200 – 380 €/m² |
| Puits béton ou micropieux | Sol instable, pente, bâti adjacent | 280 – 550 €/m² |
La dalle béton armé sur hérisson (couche drainante de granulats sous la dalle) complète cette première strate. Son coût tourne autour de 100 à 140 €/m² de surface, treillis soudé et hérisson inclus. Un film polyane, indispensable contre les remontées capillaires, s'ajoute pour 1,5 à 3 €/m².
Le conseil du pro
L'étude de sol G2 PRO coûte 1 500 à 3 000 €. Sur un chantier de 120 000 €, c'est moins de 2 % du budget total — et la seule dépense qui vous protège vraiment contre un avenant fondations en cours de chantier. Environ 48 % du territoire français est exposé à un aléa de retrait-gonflement des argiles : vérifiez la carte BRGM avant d'acheter votre terrain.
Élévation des murs porteurs et planchers : le cœur du prix
L'élévation est la phase la plus longue et la plus visible du gros œuvre. Elle conditionne aussi bien les performances thermiques du bâtiment que la rapidité du chantier et les coûts de second œuvre qui suivront.
Le parpaing creux de 200 mm reste le matériau de référence en construction traditionnelle française : accessible partout, rapide à approvisionner, maîtrisé par tous les maçons. Son coût de pose enduit compris se situe entre 70 et 130 €/m² de mur. La brique monomur à 30 ou 37 cm intègre une part d'isolation dans son épaisseur ; elle coûte davantage à la pose mais simplifie l'enveloppe thermique finale. Le béton banché, coulé en coffrage, offre une résistance et une étanchéité remarquables pour les sous-sols ou les zones exposées aux vents violents.
| Matériau d'élévation (mur posé) | Prix au m² de mur | Particularités 2026 |
|---|---|---|
| Parpaing creux 200 mm, enduit projeté | 70 – 130 €/m² | Standard, isolation complémentaire nécessaire |
| Parpaing 20 cm hourdé, enduit tiré | 90 – 145 €/m² | Finition soignée, bonne planéité |
| Brique monomur 30 cm | 100 – 170 €/m² | Isolation intégrée partielle, RE 2020 facilitée |
| Béton banché (vide sanitaire ou sous-sol) | 130 – 210 €/m² | Très résistant, coffrage coûteux |
| Ossature bois avec bardage | 160 – 260 €/m² | Légère, rapide, excellente thermique |
Pour une maison à étage, le plancher intermédiaire vient s'intercaler entre rez-de-chaussée et niveau supérieur. Le plancher à poutrelles et hourdis, solution la plus courante, revient à 110 à 140 €/m² pour une portée inférieure à 5 m ; le plancher béton armé plein (dalles coulées sur coffrage) monte à 160–200 €/m² mais est réservé aux portées complexes ou aux charges lourdes.
Les linteaux, chaînages horizontaux et poteaux béton armé représentent systématiquement 8 à 12 % du coût d'élévation — un poste que les devis au forfait intègrent rarement de façon transparente. Sur une maison de 110 m², comptez 8 000 à 12 000 € pour ces éléments de rigidification structurelle.
- Terrassement, décaissement et évacuation des terres6 à 10 % du budget gros œuvre total
- Fondations béton armé (semelles, radier ou pieux selon sol)12 à 22 %
- Dallage béton armé sur hérisson8 à 12 %
- Élévation des murs porteurs (tous niveaux)25 à 35 %
- Linteaux, chaînages horizontaux et verticaux, poteaux6 à 10 %
- Plancher intermédiaire poutrelles-hourdis (si étage)10 à 14 %
- Charpente (fermettes ou traditionnelle)10 à 14 %
- Couverture (tuiles, ardoises ou zinc)8 à 13 %
Charpente et couverture : le poste qui ferme le chantier
La charpente et la couverture constituent la dernière grande phase du gros œuvre — celle qui rend la maison « hors d'eau » et qui autorise le démarrage du second œuvre. C'est aussi le poste le moins modulable une fois la décision prise : changer de type de charpente en cours de chantier est techniquement impossible.
La charpente à fermettes industrielles domine les constructions courantes. Calculées en bureau d'études, fabriquées en usine et posées en quelques jours, elles optimisent la consommation de bois et maintiennent les combles perdus. Pour des combles aménageables — une chambre supplémentaire, un bureau sous les rampants — seule la charpente traditionnelle (poinçons, arbalétriers, contre-fiches) convient ; elle demande plus de main-d'œuvre et de bois massif, mais crée un volume utilisable.
| Type de charpente | Prix indicatif 2026 | Combles |
|---|---|---|
| Fermettes industrielles bois | 70 – 120 €/m² de toiture | Perdus uniquement |
| Charpente traditionnelle combles perdus | 90 – 160 €/m² de toiture | Perdus ou faible aménagement |
| Charpente traditionnelle combles aménageables | 140 – 220 €/m² de toiture | Aménageables (chambre, bureau) |
La couverture s'ajoute à la charpente et représente souvent autant, voire davantage, selon le matériau : les tuiles mécaniques canal ou à emboîtement se posent entre 45 et 80 €/m² de toiture, les tuiles en terre cuite haut de gamme entre 80 et 130 €/m², l'ardoise naturelle entre 100 et 180 €/m², et le zinc à joint debout entre 120 et 200 €/m².
Astuce WikiTravaux
Si vous envisagez d'aménager les combles dans cinq ou dix ans, décidez-le maintenant. Choisir une charpente traditionnelle dès la construction ajoute 30 à 50 % au coût de la charpente seule, mais crée des mètres carrés habitables à un coût au m² bien inférieur à celui d'une future extension ou surélévation.
Exemples de devis gros œuvre
Pour aider à vous situer, voici quatre configurations courantes, puis le détail complet d'un gros œuvre de maison à étage sur sol argileux. La construction neuve relève de la TVA à 20 % sans exception.
Gros œuvre maison 80 m² plain-pied parpaing
sol sain, fermettes, tuiles mécaniques, hors menuiseries
91 000 € TTC
Gros œuvre maison 110 m² à étage brique monomur
sol ordinaire, plancher poutrelles-hourdis, charpente traditionnelle
155 000 € TTC
Gros œuvre maison 100 m² ossature bois
fondations allégées, murs MOB, couverture zinc
148 000 € TTC
Gros œuvre maison 130 m² à étage sur sol argileux fort
fondations profondes, béton banché sous-sol partiel, charpente traditionnelle
207 000 € TTC (cas exceptionnel : sol très contraint)
Gros œuvre d'une maison individuelle à étage, 110 m² de surface de plancher, murs parpaing 200 mm, plancher intermédiaire poutrelles-hourdis, charpente traditionnelle, tuiles terre cuite
Construction neuve sur terrain à aléa de retrait-gonflement des argiles modéré (confirmation étude de sol G2). Fondations profondes adaptées. Hors menuiseries extérieures.
| Poste | Montant HT |
|---|---|
| Terrassement, décaissement et évacuation des terres | 12 500 € |
| Semelles profondes béton armé (sol argileux modéré) | 18 000 € |
| Dallage béton armé sur hérisson, film polyane | 13 200 € |
| Élévation murs parpaing 200 mm RDC + étage (200 m² de mur) | 26 000 € |
| Plancher intermédiaire poutrelles-hourdis 110 m² | 14 300 € |
| Linteaux, chaînages horizontaux et verticaux, poteaux BA | 9 800 € |
| Charpente traditionnelle combles perdus | 16 500 € |
| Couverture tuiles terre cuite, faîtage et arêtiers | 13 200 € |
| Total HT | 123 500 € |
| TVA 20 % | 24 700 € |
| Total TTC | 148 200 € |
Ramené à la surface, ce devis ressort à 1 347 €/m² TTC, dans le milieu de la fourchette 2026. Les fondations profondes dues au sol argileux ont ajouté environ 6 000 à 8 000 € par rapport à un sol sain — un écart que l'étude G2 avait permis d'anticiper. Sur sol ordinaire et avec des fondations filantes classiques, le même projet serait redescendu autour de 1 200 €/m² TTC.
Bien lire votre devis
Les postes à vérifier ligne par ligne
- L'hypothèse de sol précisée en clair : quelle profondeur de fondations, quel type (semelles filantes, radier, pieux), et est-ce que les résultats de l'étude G2 sont annexés au devis ou simplement mentionnés ? Un devis sans cette mention ne protège personne si le terrain diffère de l'hypothèse.
- Le périmètre exact du gros œuvre : « hors d'eau » (charpente et couverture incluses) ou seulement « élévation » ? Les deux formulations circulent, avec plusieurs dizaines de milliers d'euros de différence.
- Le détail des linteaux, chaînages et poteaux béton armé : figurent-ils séparément ou sont-ils noyés dans le poste « élévation » ? S'ils sont absents, ils réapparaîtront en avenant.
- La gestion des terres excédentaires : le terrassement produit du volume. Leur évacuation est parfois exclue des prix les plus bas.
Les lignes qui manquent souvent dans les devis courts
- L'étude de sol G2 PRO (1 500 à 3 000 €), presque toujours hors périmètre de l'entreprise de gros œuvre mais indispensable avant tout démarrage.
- Le raccordement provisoire eau et électricité de chantier, parfois facturé en supplément.
- La protection des fouilles entre terrassement et coulage des fondations (bâches, étaiement) sur les chantiers à plusieurs semaines d'intervalle.
- L'assurance dommages-ouvrage à votre charge (2 à 4 % du coût de construction), distincte de la garantie décennale de l'entreprise.
Les signaux d'alerte
- Un devis sans mention de l'hypothèse de sol : le prix des fondations n'engage à rien si le terrain n'est pas caractérisé.
- Un acompte demandé au-delà de 30 % avant le premier coup de pelle.
- L'absence d'attestation d'assurance décennale à jour : exigez-la avant toute signature — c'est votre protection pour les dix ans qui suivent.
- Un prix au m² inférieur à 900 € TTC sans explication du périmètre exact : vérifiez ce qui est réellement inclus.
Faites chiffrer votre gros œuvre par au moins trois entreprises sur la même base : surface de plancher, hypothèse de sol, matériau d'élévation et périmètre hors d'eau identique. C'est la seule façon de comparer des prix qui parlent du même chantier — et de repérer l'offre qui détaille honnêtement fondations et linteaux plutôt que de les noyer dans un forfait.
Aides, TVA et obligations réglementaires pour un chantier neuf
Le gros œuvre neuf ne bénéficie pas des aides à la rénovation énergétique (MaPrimeRénov', CEE), réservées aux logements existants de plus de deux ans. En revanche, plusieurs dispositifs financiers et obligations s'appliquent dès l'ouverture du chantier.
Ce qui s'applique en 2026 pour une construction neuve
- TVA à 20 % — taux normal appliqué à l'ensemble des travaux de construction neuve, sans exception ni possibilité de taux réduit sur le gros œuvre.
- Prêt à taux zéro (PTZ) — pour les primo-accédants construisant leur résidence principale, le PTZ pourrait financer, selon les revenus et la zone géographique, une part significative du coût global incluant le gros œuvre. Dispositif conditionnel en 2026 : vérifiez les plafonds de ressources en vigueur.
- Prêt Action Logement — pour les salariés du secteur privé, un prêt complémentaire à taux réduit, sous conditions de ressources et de zone, utilisable sur le financement de la construction.
- Assurance dommages-ouvrage — à souscrire avant l'ouverture du chantier, elle couvre pendant dix ans les sinistres affectant la solidité de l'ouvrage sans attendre une décision de justice. Son coût représente 2 à 4 % du montant de la construction.
- Exonération de taxe foncière — de nombreuses communes accorderaient une exonération partielle sur les deux premières années d'une construction neuve sur délibération locale ; renseignez-vous auprès de votre centre des impôts.
- RE 2020 — la réglementation environnementale 2020 conditionne le choix du système constructif dès le gros œuvre (performance thermique de l'enveloppe, confort d'été, empreinte carbone). Elle ne génère pas d'aide directe mais oriente les choix de matériaux dès la phase élévation.
À retenir
- Le gros œuvre représente 45 à 55 % du budget de construction, soit 950 à 1 600 €/m² TTC en 2026 ; la nature du sol est le facteur qui fait le plus varier la note.
- Chaque phase conditionne la suivante : un dérapage sur les fondations se répercute sur le calendrier et le budget de toutes les phases ultérieures.
- L'étude de sol G2 PRO (1 500 à 3 000 €) reste l'investissement le plus rentable avant tout chantier : elle permet de chiffrer les fondations sans hypothèse incertaine.
- Exigez l'attestation décennale de l'entreprise et souscrivez votre dommages-ouvrage avant l'ouverture du chantier — c'est votre protection structurelle pour les dix ans qui suivent.
Une fois la charpente posée et la toiture fermée, la maison est hors d'eau : le gros œuvre a rempli son office. Le chantier change alors de visage, avec des corps de métier plus nombreux et des délais qui dépendent autant du planning que de la disponibilité des artisans. Pour situer ce poste dans l'enveloppe budgétaire complète — du sol jusqu'aux clés en main —, notre fiche sur le prix d'une construction de maison neuve détaille comment le gros œuvre s'articule avec le second œuvre et les frais annexes. Si votre projet consiste à agrandir un bâtiment existant plutôt qu'à construire de zéro, la jonction avec l'existant devient le poste sensible : voyez comment chaque mètre carré gagné se chiffre dans notre fiche sur le prix d'une extension de maison. Et si le chantier suppose de raser une construction existante avant de poser les premières fondations, notre fiche sur le prix d'une démolition précise ce que coûte le déblaiement — souvent la dépense qu'on intègre trop tard dans le budget.
Questions fréquentes
Quel est le prix moyen du gros œuvre d'une maison de 110 m² en 2026 ?+
Quels travaux sont inclus dans le gros œuvre d'une construction neuve ?+
Pourquoi la phase fondations peut-elle doubler ou tripler le budget prévu ?+
La TVA sur le gros œuvre est-elle à 10 % ou à 20 % ?+
Comment se répartit le budget entre les différentes phases du gros œuvre ?+
Peut-on négocier le prix du gros œuvre avec une entreprise ?+
Rédigé par l'équipe WikiTravaux — Relu par un maître d'œuvre en construction neuve partenaire.
Méthode WikiTravaux
Nos prix s'appuient sur notre base de chiffrage du second œuvre et sur les demandes de devis reçues sur la plateforme, analysées de façon anonymisée. Notre méthode.
Observatoire des prix WikiTravaux — mise à jour juin 2026
